jeudi 16 février 2012

Sortie de « Repenser l’économie »


C’est aujourd’hui que sort mon livre « Repenser l’économie ». Il reprend et prolonge « Finance : le nouveau paradigme » qui avait obtenu le Prix spécial du jury du Prix Turgot 2012. Il s’agit d’une analyse de fond de la crise actuelle et de la théorie économique, si déficiente. Mais on ne se contente pas de critiquer, des réponses globales sont proposées pour sortir de la crise et rendre notre système financier plus résilient. Vous pouvez consulter la 4e de couverture et le plan détaillé ici.

Je suis invité avec Olivier Delamarche au « Journal des lycéens » de Hugues Sérapion samedi de 12h à 13h30 sur Radio courtoisie, 95.6 à Paris sinon ici (redif à 16h et minuit).

Philippe Herlin

mercredi 15 février 2012

La Grèce, encore et toujours

Dans les médias et les capitales européennes, on se félicitait lundi du vote du parlement grec, considérant que l’accord était désormais sur les rails. Mais déjà aujourd’hui quelques inquiétudes apparaissent… tout n’est pas complètement bouclé, cela devrait intervenir dans les jours qui viennent… Mais on a oublié que le gouvernement grec a également décidé de provoquer des élections au mois d’avril. Et ce que l'on va bientôt comprendre, c'est que ces élections anticipées invalident quasiment de fait l'accord qui vient d'être signé au parlement. Le pays rentre en période électorale (donc le plan de rigueur sera suspendu ou appliqué à minima) et qui sait quelle majorité en sortira (une incertitude que n'apprécieront pas les marchés) ? La Grèce nous refait le coup du référendum surprise de Papandréou en novembre dernier, mais sous une autre forme. S’agit-il de « démocratie », ou plutôt de la faillite de la classe politique qui ne sait plus comment s’en sortir et se défausse sur un gouvernement « technique », des élections, un référendum, en attendant l’écroulement final ? Après on basculerait dans des scénarios catastrophes.

Le feuilleton grec continue donc, de pire en pire. Le total des aides s’élève à 400 milliards d’euros pour un résultat nul. C’est grotesque. Mais au fait qu’est ce qui coince vraiment ? Le fait que l’Union Européenne et les grands pays ne conçoivent pas que la Grèce sorte de l’euro, alors que ce serait la meilleure solution (mais ce serait remettre en cause leur croyance quasi religieuse dans la monnaie unique). Autre chose aussi, qui est lié : le fait que les Etats qui ont prêté à la Grèce ne veulent pas accepter de décote, parce qu’ils seraient obligés de reconnaître leur erreur devant leurs électeurs. Alors que les banques acceptent une décote de 70 % on le rappelle, les détenteurs publics (Etats, BCE) veulent être remboursés en totalité. Conséquence, la Grèce ne peut pas s’en sortir. Mais, on le voit, c’est l’interventionnisme public qui bloque tout, plutôt que les « vilains » marchés ou les « horribles » agences de notation, boucs émissaires bien pratiques.

Addendum, 15h : Des responsables de la zone euro étudient comment retarder certaines parties ou l'intégralité du deuxième plan d'aide à la Grèce, si possible jusqu'à après les élections prévues pour avril (Reuters) !

Philippe Herlin

jeudi 9 février 2012

Mes trois prochains livres !

Après une pause de plus d’un an, je publie trois livres en quinze jours ! Tous complémentaires. Toujours chez Eyrolles. Tout d’abord un ouvrage de fond, Repenser l’économie, qui sortira le 16 février. Puis, le 1er mars, la deuxième édition de France, la faillite ? ainsi que L’or, un placement d’avenir. Toutes les informations détaillées sur mon site philippeherlin.com.

Philippe Herlin

mercredi 8 février 2012

Le rapport 2012 de la Cour des comptes

La Cour des comptes vient de rendre son rapport annuel 2012. Comme nous le disions dans notre précédent billet, la « trajectoire de retour à l’équilibre budgétaire » ressort plutôt de la méthode Coué puisque « l'essentiel (environ les deux tiers) de l'effort de redressement des finances publiques est encore à venir, même en intégrant les effets des derniers plans de rigueur. En outre, ces plans ont surtout conduit à relever les impôts, pas assez à réduire la dépense, une orientation qu'il s'agit désormais d'inverser en prenant des mesures d'économies radicales à effet immédiat. » (Les Echos). C’est clair, et ces « mesures d’économie » ne seront bien sûr pas réalisées en cette année électorale…

Parmi les différents dossiers couverts par ce rapport, relevons celui consacré à la Banque de France. Il n’y a pas que le bilan de la BCE qui enfle à mesure qu’elle soutient le secteur financier européen, c’est aussi le cas des différentes banques centrales nationales réunies au sein de l’Eurosystème. Ainsi « Le bilan de la Banque de France a triplé depuis 2003 et atteint près de 482 Md€ en 2010 » (page 274). Au-delà d’un effet technique (sur les billets mis en circulation, cf p. 274-275), et de la hausse du cours de l’or, cette progression résulte « de l’accroissement du volume des refinancements consentis aux établissements de crédit. » (p. 275). Concrètement, les banques françaises lui refourguent leurs créances pourries en échange de liquidités, résultat : « 44% [du portefeuille en euros pour compte propre, d’un montant de 56,7 Md€ au 31 décembre 2010] ont été investi dans des titres de dette d’Etat pour lesquels la probabilité de défaut n’était pas nulle à l’origine (Grèce, Irlande, Portugal, Italie, Espagne). » Voici une prise de risque inquiétante (la BCE envisage d'accepter une perte sur ses titres grecs, bientôt la Banque de France ?).

La Cour des comptes critique également la revente d’un cinquième du stock d’or (Le Point et rapport p. 278), une idée profondément stupide, nous l’avons dit. Cependant, comme nous l’avions indiqué dans ce billet, sur la foi d’un article du Figaro, il ne semble pas que l’or de la Banque de France soit gagé en tant que tel pour financer le prêt au FMI, mais que ce soit seulement le produit de la vente de ces 500 tonnes d’or (rapport p. 285). On continue de surveiller l’affaire.

Philippe Herlin

vendredi 3 février 2012

Le grand mensonge du retour à l’équilibre budgétaire

Le gouvernement vient de rendre public sa prévision de déficit budgétaire pour 2012 : 85 milliards d’euros (Les Echos). Après 90 milliards de déficit pour 2011, soit aucune amélioration ! En 2010, le déficit était de 148 milliards, mais il comportait une dépense exceptionnelle (et inutile, nous l’avons dit), le Grand emprunt, d’un montant de 35 milliards. Ainsi, la diminution du déficit entre 2010 et 2011 provient de la fin du Grand emprunt (entièrement comptabilisé sur 2010), des deux mini plans de rigueur de l’automne 2011 (+ 10 milliards de recettes) et d’une pincée de hausse du PIB, et donc des recettes fiscales.

Conclusion : sur ces trois années, le déficit structurel (hors éléments exceptionnels) est resté au même niveau, de l’ordre de 90 milliards d’euros. Ce qui ferait environ 5 % du PIB comme on essaie faussement de nous le faire croire (le déficit budgétaire et le PIB n’ont rien à voir). Le vrai chiffre : les recettes fiscales nettes de l’Etat en 2011 sont de 270 milliards d’euros, ce qui veut dire que le déficit est de 33 % (recettes 270, dépenses 360, déficit 90, soit 90/270=33%). Pour 4 euros dépensés, l’Etat a 3 euros de recettes fiscales et 1 euro de déficit. Ca s’appelle un budget à la dérive. La « trajectoire de retour à l’équilibre » est un pur mensonge.

En fait l’Etat est absolument incapable de réduire son déficit. Il faudrait pour cela des réformes structurelles que personne en France n’a le courage de mettre en œuvre. Tant pis, nous prendrons le chemin de la Grèce.

Information supplémentaire, et ahurissante, de l’article des Echos cité plus haut : « Bercy assure que le programme d'émission de dettes pour 2012 ne va pas être modifié pour autant (il reste prévu à 178 milliards d'euros d'émissions à moyen et long terme). Le Trésor va en effet bénéficier, notamment, du « rapatriement » sur son compte de la trésorerie d'opérateurs publics tels qu'Oséo. » Oséo, soi-disant créé pour financer les PME, va servir à financer le déficit de l’Etat !!! Quand on fait les fonds de tiroir de cette façon, la chute n’est plus très loin.

Philippe Herlin

lundi 30 janvier 2012

Non, ça ne va pas mieux

« La crise financière s'apaise […] L'Europe n'est plus au bord du gouffre » affirme Nicolas Sarkozy lors de son intervention dimanche soir. Ces déclarations correspondent un sentiment général, l’Espagne et l’Italie empruntent à des taux moins élevés, la perte du AAA par la France n’a pas renchéri le coût de ses emprunts, la crise des dettes publiques européennes semble s’estomper.

Mais ces bonnes nouvelles proviennent-elles d’une amélioration réelle de la situation économique ? La croissance repart-elle ? Non, au contraire. Les banques ont-elles assaini leur bilan ? Nullement. Cette embellie a une cause, nous l’avons déjà dit ici, et cet article du Figaro le confirme, il s’agit du prêt géant de 489 milliards d’euros à 1% sur 3 ans qu’a accordé la BCE aux banques européennes. Ce déluge de liquidité bon marché (de l’argent créé ex nihilo) a temporairement suspendu la crise : « Si cette mesure inédite de la BCE à l'égard des banques a eu un tel effet, c'est que la zone euro était bel et bien menacée fin 2011 par une crise bancaire. »

Et – miracle – une partie de cet argent a été investi en emprunts d’Etat, d’où la détente sur les taux d’intérêt : « C'est ce qu'on appelle le «Sarko trade», car le président français avait publiquement souhaité que les fonds libérés par la BCE viennent, par l'intermédiaire des banques, se placer sur les dettes d'État. » Visiblement, c’était même plus qu’un souhait : « Ont-elles subi des pressions amicales de leur Trésor national ? Vraisemblablement, rétorquent les spécialistes, mais c'est aussi l'intérêt bien compris du secteur bancaire de ne pas laisser son pays faire faillite… »

Conclusion : l’embellie actuelle est complètement artificielle. Mais comme cette mesure permet de dresser un village Potemkine avec de jolies banques et des Trésors publics souriants, elle sera renouvelée, pas plus tard d’ailleurs que le 29 février lorsque la BCE proposera un nouveau prêt géant. Pendant ce temps, la quantité de monnaie et de dette s’accroît dans l’économie…

Philippe Herlin

jeudi 26 janvier 2012

La Grèce va nous coûter très cher !

Les négociations en cours sur la dette publique de la Grèce achoppent sur la décote que doivent « volontairement » accepter les banques et fonds privés : 50% ou plus. Une perte sèche car les assurances (les fameux CDS) ne se déclencheraient pas, pour la raison que cette décote serait volontairement acceptée par les banques (sur l’insistante pression des Etats), car nul ne sait vraiment qui a vendu des CDS, qui en a acheté, et il existe de ce fait un risque de crise systémique.

Mais ce n’est qu’une partie du problème. La dette totale de la Grèce s’élève à 350 milliards d’euros. On parle ici des 200 milliards détenus par les banques. Reste 110 milliards prêtés directement par les Etats lors du premier plan d’aide de mai 2010, ainsi que 40 milliards détenus par la BCE (c'est-à-dire qu’elle a racheté à des banques qui voulaient s’en débarrasser). 350 = 200 + 110 + 40, voici les données du problème.

Les banques acceptent déjà 50% de pertes, mais elles ne veulent pas aller plus loin. Au final il resterait 250 milliards de dette (100+110+40), ce qui est encore trop lourd pour « l’économie » grecque. Alors le FMI demande à la BCE de prendre sa part, ce à quoi elle s’était absolument refusée jusqu’ici car cela équivaut à financer un Etat, ce qui lui est interdit par ses statuts. Quand bien même, cela suffira-t-il ? Certainement pas et il faudra à un moment que les Etats qui ont prêté à la Grèce (110 milliards) prennent une part de la perte…

Ce sera évidemment très difficile à vendre aux opinions publiques, alors on trouvera une solution bancale, un nouveau prêt (130 milliards, provenant des Etats et du FMI) sera versé à la Grèce d’ici le mois de mars, ce qui permettra de tenir jusqu’aux prochaines élections générales en France et en Allemagne. Après il faudra passer à la caisse, merci d’avance aux contribuables français et allemands.

Philippe Herlin

vendredi 20 janvier 2012

La sécu emprunte en dollars !

Nous avons déjà parlé de cette information ici mais on y revient tant elle mérite le détour : la sécurité sociale emprunte pour partie en dollars ! Enfin, plus exactement la CADES, la Caisse d'amortissement de la dette sociale, c'est-à-dire l’organisme chargé de financer la dette de la sécu (de la même façon que l’Agence France Trésor gère la dette de l’Etat). Elle vient de publier son programme de « financement » (comprendre endettement) pour 2012 : 40 milliards d’euros. Sur 2011, 40 % de la dette avait été émise en dollars ou autres devises (6,5 + 3,8 + 3,0/31,4), la proportion devrait être du même ordre en 2012.

Alors que les pouvoirs publics dénoncent l’hégémonie de la monnaie américaine et affirment défendre l’euro « à tout prix », il est effarant de voir que la sécurité sociale emprunte en dollars. L’intérêt de l’opération réside dans l’assurance de placer sans aucune difficulté ces emprunts auprès des fonds de pension américains (qui n’ont ainsi aucun risque de change à supporter, ce qui serait le cas s’ils achetaient des obligations libellées en euros). La CADES, pour éviter le risque de change, se couvre par un swap sur toute la durée de l’emprunt ; mais cette couverture coûte chère, et c’est autant d’argent perdu.

Le « cœur » de notre « modèle social que le monde entier nous envie », financé pour partie en dollars auprès de fonds de pensions américains, antimodèle honni de nos politiques, c’était la séquence humour du jour, merci la CADES.

Philippe Herlin

vendredi 13 janvier 2012

La France perd son AAA !

Vendredi 13 janvier 2011 : Standard & Poor’s dégrade la France, qui perd donc son triple A. Pas la peine d’être superstitieux (un vendredi 13 !), la faute en revient à 40 ans de mauvaise gestion des comptes publics : depuis 1974 aucun budget de l’Etat n’a été à l’équilibre. On doit plutôt s’estimer heureux de ne pas l’avoir perdu plus tôt, dès 2005 S&P avertissait la France qu’elle était « en train de glisser en bas de la catégorie AAA ».

Cette dégradation était largement anticipée, notamment depuis la « mise sous surveillance négative » de décembre dernier. Les marchés l’avaient déjà intégrée, le spread entre les taux allemands et français en témoignait.

Il n’y aura donc aucune conséquence ? Peut être pas à court terme, mais cela va détériorer les conditions de refinancement de la France :
- La France va perdre de facto une part significative de ses clients à travers le monde, tous ceux qui ont l’obligation statutaire d’investir dans des actifs libellés AAA (les fonds de pension notamment). Le taux auquel elle emprunte risque donc encore d’augmenter.
- Un grand nombre d’emprunteurs liés à l’Etat devraient également perdre leur AAA comme la CADES (qui gère la dette de la sécu), l’Unedic, la Caisse des Dépôts et Consignations (qui est en train de sauver Dexia…), RFF (Réseau Ferré de France), et peut être EDF. Les coûts de refinancement sur les marchés de ces entités vont donc augmenter.
- Les collectivités locales (dont l’Etat est le garant en dernier ressort) risquent aussi de perdre leur AAA (Paris, Ile-de-France).
- Les banques et assurances (françaises et étrangères) qui possèdent des emprunts français dans leurs comptes voient cet actif dévalué.
- Le fonds d’aide européen (FESF), garantit majoritairement par l’Allemagne et la France, risque certainement de perdre lui aussi son AAA.

Dans le contexte actuel de grande fragilité du secteur bancaire, cette nouvelle risque d’accélérer la crise financière en France et en Europe.

Le communiqué officiel de Standard & Poor's

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Philippe Herlin